Le chef du Pentagone américain, Pete Hegseth, a déclaré jeudi que le blocus militaire des ports iraniens persisterait « aussi longtemps que nécessaire », signalant la détermination de Washington à lancer de nouvelles attaques contre les infrastructures énergétiques. Cette déclaration, faite lors d'une fragile pause dans les combats, injecte une incertitude considérable dans les efforts diplomatiques en cours. Cette posture agressive intervient quelques jours après que les négociations américano-iraniennes au Pakistan se sont conclues sans progrès.
La pause dans les hostilités, convenue la semaine dernière, devrait actuellement durer jusqu'au début de la semaine prochaine. Ce cessez-le-feu a fait suite à l'annonce par le président Donald Trump, lundi, d'un blocus militaire visant les ports iraniens dans le détroit d'Ormuz et le golfe Persique. Cette décision est intervenue après que les négociations américano-iraniennes au Pakistan se sont conclues sans progrès.
Les remarques de Hegseth, prononcées lors d'une conférence de presse jeudi, ont explicitement déclaré que l'armée américaine surveille de près les mouvements iraniens. Cette surveillance continue étaye la position américaine. « Nous nous réarmons avec plus de puissance que jamais... et, plus important encore, avec de meilleures informations que jamais », a déclaré Hegseth. Il a ensuite lancé un avertissement sévère. « En vous exposant par vos mouvements à notre œil vigilant, nous sommes prêts à frapper vos infrastructures critiques à double usage, votre production d'énergie restante et votre industrie énergétique. » Ces mots ne laissent que peu de place à l'interprétation.
Cibler de tels sites à double usage, qui servent à la fois des fonctions civiles et militaires, comporte un risque élevé de victimes civiles et de perturbations généralisées. Malgré les menaces explicites, Hegseth a maintenu que les États-Unis préfèrent une résolution diplomatique au conflit, qui a débuté par des attaques américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février. « Vous, l'Iran, pouvez choisir un avenir prospère, un pont d'or, et nous espérons que vous le ferez pour le peuple iranien », a-t-il proposé. Cette ouverture diplomatique contraste fortement avec la posture militaire.
Il a ajouté une mise en garde cruciale. « En attendant et aussi longtemps que nécessaire, nous maintiendrons ce blocus, un blocus réussi, mais si l'Iran fait un mauvais choix, alors il y aura un blocus et des bombes tombant sur les infrastructures, l'électricité et l'énergie. » Le choix, a-t-il sous-entendu, incombe à Téhéran. Mercredi, une délégation pakistanaise est arrivée à Téhéran. Sa mission : coordonner une nouvelle série de pourparlers.
Les deux parties ont indiqué être ouvertes à de nouvelles négociations. Cependant, le général de division Ali Abdollahi, commandant du quartier général central de Khatam al-Anbiya du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), a averti que le blocus américain pourrait mettre fin à la pause actuelle dans les combats. C'est un défi direct à la stratégie de Washington.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a exprimé une vision plus optimiste. « En ce moment, nous restons très engagés dans ces négociations, dans ces pourparlers », a-t-elle affirmé. Sa déclaration suggère un optimisme officiel américain. Pourtant, Ali Hashem, d'Al Jazeera, rapportant de Téhéran jeudi, a décrit une profonde méfiance. « Clairement, plusieurs messages ont été transmis aux Iraniens.
Mais plutôt que de consolider un sentiment de confiance et d'optimisme, il semble que celui-ci soit déjà ébranlé », a observé Hashem. Ce scepticisme découle d'un précédent historique. Sous la présidence de Trump, l'Iran a été attaqué deux fois auparavant au milieu de pourparlers indirects en cours concernant son programme nucléaire. Ces actions passées jettent une longue ombre sur les efforts diplomatiques actuels.
Le marché vous dit quelque chose. Écoutez. De tels schémas historiques dictent souvent les attentes futures.
Une plateforme étroitement associée au ministère iranien des Affaires étrangères a tweeté jeudi, citant une source qui a qualifié l'optimisme de « simple battage médiatique ». Cette source anonyme a suggéré que le récit médiatique positif servait de relations publiques pour le président Trump, destiné à être utilisé sur les marchés. Cela révèle un profond cynisme au sein des cercles iraniens concernant les intentions américaines. Le président du parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui dirigeait la délégation iranienne, a déclaré jeudi à son homologue libanais qu'un cessez-le-feu dans l'invasion et le bombardement continu du Liban par Israël avait un statut « aussi important » que la pause dans les combats en Iran.
Cela met en évidence un lien crucial. Un cessez-le-feu au Liban est apparu comme l'un des principaux points de discorde dans les pourparlers. D'autres questions incluent le contrôle du détroit d'Ormuz et l'avenir du programme nucléaire iranien.
Si l'on fait abstraction du bruit, l'histoire est plus simple qu'il n'y paraît. La stabilité régionale est interdépendante. Le général Dan Caine, président des chefs d'état-major interarmées, a déclaré lors de la conférence de presse de jeudi que 13 navires quittant les ports iraniens avaient fait demi-tour.
Ils ont fait demi-tour en réponse aux avertissements militaires américains. « Si vous ne respectez pas ce blocus, nous utiliserons la force », a averti Caine. Cela démontre l'application active du blocus. L'amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain (CENTCOM),
a confirmé que l'armée américaine utilise la pause pour se réarmer et repositionner ses forces. « Nous nous réarmons, nous nous rééquipons et nous ajustons nos tactiques, techniques et procédures », a expliqué Cooper. « Il n'y a pas d'armée au monde qui s'adapte comme nous, et c'est exactement ce que nous faisons en ce moment pendant le cessez-le-feu. » Cela suggère une préparation agressive à un conflit renouvelé. Hegseth a également abordé les rapports concernant d'éventuelles livraisons d'armes chinoises à l'Iran. Il a rejeté ces allégations.
Washington, a-t-il dit, avait reçu des assurances de Pékin qu'aucun plan de ce type n'était en cours. Cela confère une dimension internationale cruciale au conflit. Le rôle de la Chine reste un facteur.
Une partie importante de la conférence de presse de Hegseth a été consacrée à l'attaque de la couverture médiatique américaine de la guerre. L'administration Trump a été critiquée pour ses objectifs changeants et ses justifications pour avoir initié le conflit. Hegseth a qualifié cette couverture d'« incroyablement antipatriotique ». Cela indique une bataille politique intérieure parallèlement à l'impasse internationale.
Le détroit d'Ormuz, où le blocus américain est appliqué, est un point de passage stratégique pour les expéditions mondiales de pétrole. Environ 20 % du pétrole mondial, soit environ 21 millions de barils par jour, a transité par ce détroit en 2023, selon les données de Lloyd's List Intelligence. Toute perturbation prolongée ici envoie des ondes de choc immédiates sur les marchés de l'énergie.
Voici l'élément clé. Les perturbations passées, telles que celles de la guerre des pétroliers dans les années 1980, illustrent la fragilité de cette artère vitale. L'histoire entre les États-Unis et l'Iran a été marquée par des périodes de coopération, d'hostilité et de suspicion.
Après la Révolution iranienne de 1979, les liens diplomatiques ont été rompus. Des décennies de sanctions, d'accusations de terrorisme d'État et de différends sur le programme nucléaire iranien ont défini cette relation. L'accord nucléaire de 2015, connu sous le nom de Plan d'action global commun (JCPOA), a offert un bref répit.
Mais le retrait de l'administration Trump en 2018 a ravivé les tensions. Ce contexte d'animosité profonde rend toute percée diplomatique difficile. La stratégie actuelle de « blocus et bombes » articulée par Hegseth reflète la rhétorique des périodes antérieures de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.
Elle repose sur une diplomatie coercitive, visant à forcer des concessions par la pression militaire. Cependant, l'Iran a historiquement fait preuve de résilience sous la pression, escaladant souvent les conflits régionaux par procuration plutôt que de capituler. L'efficacité d'une telle stratégie reste incertaine.
Les efforts de médiation, comme ceux entrepris par le Pakistan, sont souvent confrontés à une lutte difficile lorsque les deux parties principales maintiennent des positions publiques aussi divergentes. Le Pakistan, une nation à majorité musulmane ayant des liens historiques avec les États-Unis et l'Iran, possède une certaine crédibilité en tant qu'interlocuteur. Pourtant, le fossé entre la position « prête à frapper » de Washington et les demandes de Téhéran pour des cessez-le-feu régionaux semble large.
Le ciblage des installations énergétiques, un élément central de la menace de Hegseth, aurait des répercussions mondiales immédiates. L'Iran est un important producteur de pétrole et de gaz naturel. Perturber sa capacité pourrait faire grimper en flèche les prix du pétrole brut, affectant les consommateurs du monde entier.
Cette arme économique, si elle était déployée, nuirait à plus que l'Iran seul. Pourquoi c'est important :
Cette escalade des tensions dans le golfe Persique menace directement la stabilité énergétique mondiale et pourrait déclencher un conflit régional plus large. Pour les citoyens ordinaires du monde entier, une perturbation dans le détroit d'Ormuz signifie des prix du carburant plus élevés, une inflation accrue et un ralentissement probable de la croissance économique.
Pour les populations de la région, cela signifie un risque accru de crise humanitaire, de déplacement et de rupture des services essentiels. La marche diplomatique sur la corde raide affecte le budget de chaque ménage et la vie de millions de personnes. Points clés à retenir :
- Les États-Unis maintiennent une position agressive, menaçant de nouvelles attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes malgré les efforts diplomatiques en cours.
- Les responsables américains et iraniens expriment leur ouverture aux pourparlers, mais une profonde méfiance et des priorités régionales conflictuelles persistent.
- Le blocus des ports iraniens est activement appliqué, 13 navires ayant modifié leur cap sous avertissement militaire.
- Un cessez-le-feu potentiel au Liban est devenu un point de discorde crucial dans les négociations américano-iraniennes plus larges.
Ce qui suit :
La fragile pause doit expirer au début de la semaine prochaine. Cette échéance approchante mettra à l'épreuve la sincérité du désir affiché par les deux parties pour la diplomatie. Les marchés surveilleront de près toute déclaration de Washington ou de Téhéran concernant des prolongations ou une rupture des pourparlers.
L'arrivée de la délégation pakistanaise à Téhéran suggère une fenêtre pour un dialogue continu, aussi étroite soit-elle. Les observateurs surveilleront également tout changement dans la position de la Chine, compte tenu de ses assurances à Washington concernant les livraisons d'armes. Les prochains jours détermineront si le « pont d'or » reste une option ou si le chemin mène à nouveau au conflit.
Points clés à retenir
— - Les États-Unis maintiennent une position agressive, menaçant de nouvelles attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes malgré les efforts diplomatiques en cours.
— - Les responsables américains et iraniens expriment leur ouverture aux pourparlers, mais une profonde méfiance et des priorités régionales conflictuelles persistent.
— - Le blocus des ports iraniens est activement appliqué, 13 navires ayant modifié leur cap sous avertissement militaire.
— - Un cessez-le-feu potentiel au Liban est devenu un point de discorde crucial dans les négociations américano-iraniennes plus larges.
Source : Al Jazeera
