Le chancelier allemand Friedrich Merz a assuré mardi au président ukrainien Volodymyr Zelenskyy que Kiev pouvait continuer à compter sur l'aide militaire, civile et humanitaire de Berlin. Ces assurances ont été données lors de pourparlers gouvernementaux à Berlin, un moment crucial alors que l'aide américaine à l'Ukraine a subi des coupes drastiques et que le président Donald Trump pousse à un accord de paix rapide avec la Russie. « La politique dit une chose. La réalité en dit une autre », a noté Merz, reconnaissant l'évolution du paysage international. L'Allemagne reste le deuxième plus grand donateur bilatéral de l'Ukraine.
Le gouvernement allemand assume un rôle plus important, en particulier après les récentes décisions américaines de réduire ses engagements financiers envers Kiev. Ce changement a laissé de nombreux Ukrainiens préoccupés par leur capacité à se défendre à long terme contre l'agression russe en cours, d'autant plus que la guerre contre l'Iran détourne l'attention et les ressources mondiales. Les pourparlers visaient à apaiser ces craintes.
Le chancelier Merz a spécifiquement promis de plaider pour le déblocage rapide d'un prêt de 90 milliards d'euros promis par l'Union européenne à l'Ukraine. Cet important paquet financier avait auparavant été bloqué par la Hongrie. Cependant, suite à la défaite électorale de Viktor Orban en Hongrie dimanche, un décaissement devrait être possible d'ici la mi-mai, selon des sources au sein de la délégation allemande.
Ce changement de direction lève un obstacle majeur. L'engagement de Berlin n'est pas nouveau ; l'Allemagne a fourni près de 100 milliards d'euros de soutien à l'Ukraine depuis le début de la guerre en 2022, début 2026. Cette aide étendue comprend des équipements militaires, une assistance financière, un soutien technique et des efforts humanitaires.
L'Allemagne a également accueilli bien plus d'un million de réfugiés ukrainiens sur son territoire, leur offrant refuge et assistance. La nature de l'aide militaire allemande a considérablement évolué à mesure que le conflit progressait. Au début de la guerre, il y avait des hésitations concernant la livraison d'équipements lourds comme les chars de combat.
Désormais, ces systèmes jouent un rôle moins significatif sur le champ de bataille. Au lieu de cela, les drones de combat sont devenus dominants. L'Allemagne fournit activement ces drones à l'Ukraine.
Certains sont même fabriqués par des entreprises allemandes sur le territoire ukrainien. Le chancelier Merz a déclaré lors d'une séance de questions-réponses gouvernementale au Bundestag fin mars que la question de l'envoi de missiles de croisière Taurus, un sujet longtemps débattu, n'était plus pertinente. L'Ukraine, a-t-il affirmé, peut désormais fabriquer ses propres armes à longue portée. « L'Ukraine est mieux armée aujourd'hui que jamais auparavant », a déclaré Merz aux législateurs.
Il a ajouté que le principal défi pour l'Ukraine est désormais le manque de fonds, un domaine dans lequel l'Allemagne est prête à apporter une aide substantielle. Les deux nations ont l'intention d'approfondir leur coopération en matière de production de drones. Divers drones fabriqués conjointement ont été exposés en évidence à l'entrée de la Chancellerie lundi, un signe tangible de leurs efforts de collaboration.
Ce partenariat est destiné à s'étendre davantage, a confirmé Merz. « Aucune armée en Europe n'a été aussi éprouvée au combat ces dernières décennies que celle de l'Ukraine », a proclamé le chancelier allemand lors de la conférence de presse conjointe de mardi. « Aucune société n'est devenue plus résiliente que l'Ukraine. Aucune industrie de défense n'est devenue plus innovante que celle de l'Ukraine. » Ces mots soulignent une reconnaissance de l'adaptation rapide de l'Ukraine. Au-delà du matériel militaire, l'aide civile bilatérale de l'Allemagne, distincte des contributions faites par l'intermédiaire de l'UE, s'élève à environ 39 milliards d'euros.
Un objectif principal de cette assistance non militaire est l'approvisionnement énergétique de l'Ukraine, que la Russie a de plus en plus ciblé. Depuis le début du conflit, le gouvernement allemand a engagé plus de 1,2 milliard d'euros spécifiquement pour le secteur de l'énergie. Cette somme couvre les réparations et les efforts d'urgence pour les infrastructures endommagées.
Des spécialistes allemands collaborent également avec des partenaires ukrainiens pour reconstruire les systèmes énergétiques, en mettant l'accent sur l'efficacité et les sources renouvelables. Les efforts d'aide humanitaire sont acheminés par une étroite coopération avec des organisations internationales et non gouvernementales. Cela garantit que les soins médicaux, la nourriture, l'eau potable et d'autres fournitures d'urgence parviennent à ceux qui en ont le plus besoin, en particulier près des lignes de front.
Ce que cela signifie concrètement pour votre famille, en particulier pour ceux qui vivent dans les régions touchées par la guerre, c'est la disponibilité des produits de première nécessité qui seraient autrement rares. Plus d'un million de réfugiés ukrainiens, principalement des femmes et des enfants, ont trouvé refuge en Allemagne. Le gouvernement fédéral apporte un soutien essentiel aux États et aux municipalités pour l'hébergement et la prise en charge de ces personnes.
Cela comprend une aide financière directe et la mise à disposition de bâtiments fédéraux comme abris. Les réfugiés reçoivent des cours de langue allemande, des formations, des programmes d'intégration et une aide à la recherche d'emploi. En février 2026, environ la moitié des réfugiés ukrainiens en âge de travailler sont employés, selon les données de l'Institut de recherche sur l'emploi (IAB).
Le chancelier Merz a également abordé l'afflux de jeunes hommes ukrainiens en Allemagne, en particulier à Berlin. Depuis septembre, les hommes de moins de 25 ans sont autorisés à quitter l'Ukraine, le service militaire et la mobilisation s'appliquant à partir de cet âge. Des milliers d'entre eux se sont enregistrés comme réfugiés de guerre en Allemagne, recevant nourriture, logement et la possibilité de chercher du travail.
Merz a exhorté le président Zelenskyy à redoubler d'efforts pour encourager ce groupe à retourner en Ukraine ou à empêcher leur départ. En réponse, le ministre allemand de l'Intérieur Alexander Dobrindt et le ministre ukrainien de la Sécurité sociale Denys Ulyutin ont ouvert le centre d'information « Unity Hub » à Berlin. Ce centre vise à aider les Ukrainiens à rentrer chez eux et à y trouver un logement et un emploi.
Pour l'avenir, le gouvernement allemand planifie déjà la reconstruction de l'Ukraine en collaboration avec l'Ukraine et ses partenaires de l'UE et du G7. L'objectif est de moderniser l'État et l'économie ukrainiens, en vue d'une éventuelle intégration à l'Union européenne. L'Allemagne soutient fondamentalement cette aspiration. « L'Allemagne soutient cet objectif, même si nous savons tous deux que nous ne pouvons pas le mettre en œuvre pleinement à court terme », a déclaré Friedrich Merz mardi à Berlin.
L'Ukraine avait proposé le 1er janvier 2027 comme date cible. L'Allemagne, cependant, considère cela irréalisable, en partie en raison du scepticisme de certains États membres de l'UE, y compris le nouveau gouvernement hongrois, qui s'oppose à l'adhésion pleine et entière de l'Ukraine à l'UE. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a réitéré sa position ferme à Berlin : « Nous n'avons pas besoin d'une UE "light" ou d'une OTAN "light".
Notre armée est nécessaire en tant qu'armée forte. Personne n'a besoin d'une armée ukrainienne "light". » Ces mots reflètent le désir de Kiev d'une intégration pleine et entière, sans équivoque. Plusieurs conférences internationales sur la reconstruction ont déjà eu lieu, dont une en Allemagne en 2024.
La Pologne accueillera la prochaine Conférence sur le redressement de l'Ukraine (URC) à Gdansk fin juin 2026. En Allemagne, le niveau et la forme du soutien à l'Ukraine ne font pas l'unanimité. La résistance pourrait s'accroître si l'Allemagne est appelée à augmenter davantage ses contributions, d'autant plus que les États-Unis réduisent leur aide.
Le ressentiment au sein de la population allemande envers les réfugiés ukrainiens reste relativement faible, en partie parce qu'ils sont considérés comme bien intégrés. Cependant, des critiques ont émergé concernant les allocations plus élevées que les réfugiés ukrainiens ont initialement reçues en vertu de la « directive sur l'afflux massif » de l'Union européenne, par rapport aux autres demandeurs d'asile. Par conséquent, l'accord de coalition entre l'Union chrétienne-démocrate (CDU)/Union chrétienne-sociale (CSU) conservatrice et le Parti social-démocrate (SPD) de centre-gauche stipule que les réfugiés ukrainiens entrant en Allemagne après le 1er avril 2025 recevront des allocations inférieures.
Un large consensus sur le soutien à l'Ukraine persiste parmi la plupart des partis politiques allemands. Pourtant, le parti populiste d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) et le parti socialiste Die Linke ont des opinions critiques, bien que pour des raisons différentes. Die Linke affirme être le seul parti véritablement pacifiste d'Allemagne.
L'AfD, dont certaines parties sont qualifiées d'extrémistes par les services de renseignement intérieurs, cherche des liens plus étroits avec la Russie. Ils affirment que l'Allemagne manque de fonds pour l'Ukraine en raison de caisses vides et d'une dette nationale élevée, et que le pays a de nouveau besoin d'énergie bon marché de la Russie. Cet argument gagne du terrain au milieu des prix élevés du carburant causés par la guerre contre l'Iran.
Les responsables allemands craignent que l'AfD ne tire parti de ce sentiment lors des élections régionales en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et en Saxe-Anhalt en septembre prochain. Les deux camps revendiquent la victoire dans leurs arguments respectifs ; voici les chiffres montrant les engagements financiers. Cet engagement allemand solide arrive à un moment crucial pour l'Ukraine.
Le décaissement à la mi-mai du prêt de 90 milliards d'euros de l'UE apportera un soulagement financier immédiat. Les observateurs suivront également la prochaine Conférence sur le redressement de l'Ukraine à Gdansk en juin pour de nouvelles promesses de reconstruction. Les élections régionales allemandes en septembre mettront à l'épreuve la capacité de l'AfD à capitaliser sur le mécontentement public concernant les questions économiques et les dépenses d'aide, ce qui pourrait modifier le paysage politique intérieur concernant le soutien à l'Ukraine.
Le succès à long terme de la coopération en matière de drones et l'intégration des réfugiés ukrainiens seront également des indicateurs clés de la détermination soutenue de l'Allemagne.
Points clés à retenir
— - L'Allemagne a réaffirmé son engagement envers l'Ukraine avec une aide militaire, civile et humanitaire substantielle, totalisant près de 100 milliards d'euros depuis 2022.
— - Le chancelier Merz plaide pour un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE à l'Ukraine, désormais attendu d'ici la mi-mai suite à un changement de gouvernement en Hongrie.
— - L'aide militaire est passée des chars aux drones de combat, l'Allemagne et l'Ukraine approfondissant leur coopération en matière de production conjointe de drones.
— - Les défis politiques intérieurs en Allemagne, en particulier de la part de l'AfD, pourraient influencer les futurs niveaux d'aide et les politiques en matière de réfugiés, notamment avec les prochaines élections régionales.
Source : DW
