Mohammad Shethwala, un homme de 28 ans, risque d'être expulsé du Royaume-Uni après le décès de sa femme et de sa fille de deux ans dans un violent accident d'avion en Inde en juin dernier. Sa demande de permis de séjour pour raisons humanitaires a été refusée le 9 avril, ce qui a déclenché une contestation juridique. Ayush S Rajpal, gestionnaire de cas chez Chionuma Law, décrit la situation comme un « véritable cas humanitaire » nécessitant un examen équitable.
Le parcours de Mohammad Shethwala et de sa femme, Sadikabanu Tapeliwala, a commencé par un profond sacrifice personnel. Ils ont vendu tous leurs biens et emprunté de l'argent à leurs voisins, tandis que leurs mères vendaient leurs bijoux, pour financer le master de Sadikabanu sur le campus londonien de l'Université d'Ulster. Ce soutien financier, l'équivalent des économies de toute une vie pour beaucoup, représentait un investissement collectif dans un avenir meilleur.
Leurs familles en Inde, où le père de Mohammad tenait une petite boutique rapportant entre 10 000 et 15 000 roupies (environ 90 à 135 euros) par mois, et où le père de Sadikabanu vendait des marchandises à vélo, comptaient sur cette ambition. Ils envisageaient un chemin qui améliorerait la situation des deux foyers. Leur objectif initial était d'obtenir une éducation puis de rentrer chez eux.
Cela a changé. Une fois en Grande-Bretagne, le couple a travaillé sans relâche. Le visa étudiant de Sadikabanu limitait ses heures de travail, selon Mohammad, il a donc cumulé plusieurs emplois, y compris la livraison.
Leur première année a été entièrement consacrée au remboursement des dettes envers leurs amis et voisins. « Après cela, nous avons pu subvenir aux besoins des deux familles », a déclaré Mohammad à The Independent. Ils ont découvert une stabilité impossible dans leur pays d'origine. La Grande-Bretagne s'est lentement transformée d'une solution temporaire en un foyer permanent potentiel.
Ils ont commencé à y voir un avenir. Au printemps 2025, leurs projets se concrétisaient. Mohammad affirme que sa femme avait obtenu un emploi lié à ses études et se préparait à passer à un visa de travailleur qualifié (Skilled Worker visa) après avoir terminé sa période d'essai.
Cette démarche aurait offert une base d'immigration beaucoup plus sûre pour toute la famille. C'était un pas concret vers la vie stable qu'ils avaient tant travaillé à construire. L'avenir semblait prometteur.
Un mariage familial en Inde a ensuite interrompu leur progression. Mohammad et Sadikabanu avaient tous deux espéré voyager ensemble pour l'événement, mais leurs horaires de travail les en ont empêchés. Mohammad est resté à Londres.
Sadikabanu et leur fille, Fatima, se sont rendues en Inde sans lui. Cette décision, prise pour des raisons pratiques, a préparé le terrain à une perte inimaginable. Le matin où Sadikabanu et Fatima devaient rentrer en Grande-Bretagne, Mohammad les a appelées. « Elle était à l'aéroport », a-t-il raconté à The Independent.
Il se souvient que sa famille en Inde l'avait pressé de laisser sa fille avec eux plus longtemps. Sa femme lui a demandé son avis. Il s'est senti hésitant.
Fatima était déjà loin de lui depuis un mois. Mohammad se souvient de sa fille pleurant à l'aéroport. Sadikabanu lui a dit qu'elle devait terminer leur enregistrement et a promis de rappeler une fois qu'ils seraient assis dans l'avion. « Cet appel n'est jamais venu », a-t-il dit.
Plus tard ce jour-là, alors qu'il se préparait à les récupérer à l'aéroport, des messages ont commencé à arriver concernant un accident d'avion. Il a immédiatement téléphoné à l'ami qui avait réservé leurs billets. La confirmation a rapidement suivi de multiples sources : c'était le même vol. « J'étais sans voix », a-t-il déclaré.
Il ne pouvait pas assimiler l'information. Le vol 171, un Boeing 787-8 reliant Ahmedabad à Londres Gatwick, s'est écrasé peu après le décollage le 12 juin de l'année dernière. L'appareil a percuté un bâtiment de faculté de médecine au sol, tuant 260 personnes à bord, avec un seul survivant.
19 personnes supplémentaires sont mortes au sol. La tragédie s'est déroulée avec une rapidité brutale. Mohammad a réservé le premier vol disponible pour l'Inde.
Jusqu'à son arrivée, des proches ont tenté de le protéger des pires nouvelles, insistant sur le fait que sa femme et sa fille étaient en sécurité à l'hôpital. Cet instinct protecteur, bien qu'animé de bonnes intentions, a prolongé son agonie. Lorsqu'il est arrivé à Ahmedabad et s'est rendu à l'hôpital civil, le personnel a demandé un échantillon de sang. « J'ai supposé que s'ils prenaient mon échantillon de sang, c'était pour identifier le corps », a-t-il expliqué.
Les médecins l'ont informé de l'unique survivant. Un ami qui l'avait accompagné a alors avoué la vérité. « Nous ne vous l'avons pas dit », s'est souvenu Mohammad qu'on lui avait dit, « parce que nous voulions que vous arriviez en Inde en toute sécurité. »
Les restes de sa fille Fatima ont été remis à la famille le 17 juin. Ceux de sa femme Sadikabanu ont suivi le 21 juin. « C'était dans un cercueil », a déclaré Mohammad. « Je n'ai pas ouvert le cercueil avant la crémation. » Pendant des jours, il a lutté pour accepter ce qui s'était passé. « C'était comme un cauchemar et qu'à tout moment, je me réveillerais et les trouverais toutes les deux juste devant moi. » Ce genre de choc, une rupture complète avec la réalité, est une réaction connue à un traumatisme soudain et accablant. L'esprit humain a du mal à intégrer un changement aussi drastique.
Puis, comme le décrit Mohammad, un autre coup a suivi le premier. « Au moment où j'ai réussi à me stabiliser, la question du visa est arrivée comme un coup de poignard », a-t-il déclaré. Son statut d'immigration au Royaume-Uni dépendait du type de visa de sa femme. Son décès a rendu son propre avenir incertain.
Il possède toujours sa lettre d'offre d'emploi. « Si ma femme était en vie, nous aurions eu le visa de travailleur qualifié », a-t-il dit. « Les choses auraient été différentes. » La réalité bureaucratique a heurté son chagrin personnel le plus profond. Mohammad a ensuite demandé une prolongation de son permis de séjour (Further Leave to Remain) pour raisons humanitaires, arguant que ses circonstances étaient exceptionnelles. Un rapport psychiatrique détaillant sa santé mentale a été soumis dans le cadre de la demande, dit-il.
Ces preuves cliniques visaient à démontrer la gravité de son état psychologique. Cependant, le 9 avril, environ neuf mois après l'accident, il a reçu notification du refus de sa demande. Il a ensuite obtenu une libération sous caution temporaire en matière d'immigration, avec l'obligation de quitter le pays. « On ne m'a même pas donné la possibilité de faire appel », déclare-t-il.
Le Home Office n'a pas commenté publiquement le cas individuel de Mohammad Shethwala. Dans la correspondance rapportée, les fonctionnaires auraient maintenu que ses circonstances ne remplissaient pas les critères pour une autorisation de séjour exceptionnelle en Grande-Bretagne. Ils auraient déclaré qu'un soutien, y compris des soins de santé mentale et des liens familiaux, serait disponible en Inde.
Le cadre juridique des raisons humanitaires exige que des critères spécifiques, souvent stricts, soient remplis. Voici ce que révèlent les détails du cas : une profonde tragédie personnelle qui se heurte à des règles d'immigration strictes. Alors que Mohammad décrit passer des nuits blanches dans un appartement autrefois rempli de comptines, il consulte maintenant des avocats pour savoir s'il a un recours pour faire appel de la décision.
Ayush S Rajpal, gestionnaire de cas chez Chionuma Law, défend Mohammad. « Nous pensons qu'il s'agit d'un véritable cas humanitaire et demandons un examen juste et bienveillant », a déclaré Rajpal à The Independent. Il a souligné que Mohammad a vécu au Royaume-Uni pendant quatre ans, a construit une vie avec sa femme, travaille et est établi. « Il lui serait très difficile de trouver un travail similaire en Inde », a ajouté Rajpal. « Après avoir perdu sa femme, il fait face à des difficultés financières et émotionnelles et est sous suivi psychiatrique. Dans ces circonstances, nous demandons avec bienveillance qu'il soit autorisé à rester au Royaume-Uni pour des raisons humanitaires. »
Mohammad soutient que retourner en Inde ne lui apporterait pas la paix. « Mes proches n'arrêtaient pas de dire : 'Que feras-tu à Londres ? Rentre simplement' », dit-il. « Mais quitter le pays, pour moi, c'est aussi abandonner ces souvenirs liés à cet endroit. » Son lien avec le Royaume-Uni n'est pas seulement pratique ; il est profondément émotionnel, enraciné dans la vie qu'il a partagée avec sa famille. Il affirme qu'il n'essaie pas d'exploiter une faille ou de réécrire les règles d'immigration.
L'histoire humaine est déchirante. Le cadre juridique est précis. Cette affaire met en lumière l'interaction complexe entre la tragédie personnelle et la politique d'immigration nationale.
Pour des individus comme Mohammad, la perte soudaine de sa famille est aggravée par la menace de perdre l'environnement même où ces souvenirs ont été forgés. L'impact psychologique d'une telle double perte, à la fois du lien humain et de la vie établie, peut être considérable. C'est un rappel frappant que les décisions politiques, bien que fondées sur des précédents juridiques, portent un poids humain immense.
Avant de tirer des conclusions, examinons les arguments spécifiques présentés par les deux parties. Points clés à retenir : - Mohammad Shethwala, 28 ans, a perdu sa femme et sa fille dans un accident d'avion en juin dernier. - Sa demande de permis de séjour pour raisons humanitaires au Royaume-Uni a été refusée le 9 avril. - Les avocats de Shethwala soutiennent que son cas est une situation « véritablement humanitaire ». - Le Home Office estime que ses circonstances ne remplissent pas les critères pour une autorisation de séjour exceptionnelle. L'équipe juridique de Chionuma Law étudie actuellement les options pour faire appel de ce refus.
Ce processus impliquera de nouvelles soumissions et potentiellement une audience devant un tribunal pour contester la décision du Home Office. Les observateurs suivront attentivement pour voir si les arguments en faveur des raisons humanitaires, étayés par son évaluation psychiatrique et ses liens personnels profonds avec le Royaume-Uni, parviendront finalement à faire fléchir les autorités de l'immigration ou les tribunaux. Le résultat déterminera si Mohammad Shethwala pourra rester dans le pays qui détient les dernières connexions tangibles avec sa famille perdue.
Points clés à retenir
— - Mohammad Shethwala, 28 ans, a perdu sa femme et sa fille dans un accident d'avion en juin dernier.
— - Sa demande de permis de séjour pour raisons humanitaires au Royaume-Uni a été refusée le 9 avril.
— - Les avocats de Shethwala soutiennent que son cas est une situation « véritablement humanitaire ».
— - Le Home Office estime que ses circonstances ne remplissent pas les critères pour une autorisation de séjour exceptionnelle.
Source : The Independent









