Une coalition de nations non belligérantes, menée par la France et le Royaume-Uni, s'est déclarée prête pour une mission internationale visant à rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, un point de passage maritime stratégique. Ce déploiement reste subordonné à un accord de paix global mettant fin au conflit en cours dans la région, a déclaré vendredi le président français Emmanuel Macron. Plus de 832 pétroliers et navires de charge sont actuellement bloqués, soulignant le profond scepticisme des experts maritimes quant à la sécurité immédiate du détroit.
L'engagement de Paris fait suite à une réunion de représentants d'une cinquantaine de pays européens, asiatiques, africains et sud-américains, ainsi que d'organisations internationales. Ces discussions dans la capitale française, vendredi, ont suivi une série de cessez-le-feu temporaires dans le conflit régional plus large. Une trêve de 10 jours entre Israël et le Hezbollah, soutenu par l'Iran au Liban, a été annoncée jeudi.
Cela a précédé une cessation temporaire des combats entre l'Iran et une coalition américano-israélienne, qui doit expirer le 22 avril. Ces ouvertures diplomatiques, bien que saluées, n'ont pas encore abouti à la reprise complète du transport maritime commercial crucial. Téhéran et Washington ont tous deux affirmé vendredi que le détroit d'Ormuz était désormais « ouvert » aux navires marchands.
Cependant, les États-Unis ont maintenu leur blocus des ports iraniens, stipulant que les sanctions persisteraient jusqu'à la finalisation d'un accord de paix avec l'Iran. Cette conditionnalité ajoute une couche de complexité pour tout navire envisageant le transit. Le trafic maritime avait largement cessé depuis le début de la guerre le 28 février, suite aux menaces iraniennes de cibler les navires commerciaux tentant de passer.
Le détroit, une voie navigable étroite reliant le golfe Persique à la mer d'Oman, gère généralement environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel. Sa fermeture a eu des répercussions sur les marchés mondiaux de l'énergie, faisant grimper les coûts d'expédition et les primes d'assurance pour les routes alternatives. Voici le chiffre qui compte : 832.
Cela représente le nombre de pétroliers et de navires de charge actuellement incapables de traverser le détroit, selon Michelle Wiese Bockmann, analyste principale en intelligence maritime chez Windward, une société britannique d'IA maritime. Ce chiffre seul illustre le fossé entre les déclarations officielles et la réalité opérationnelle. Bockmann a noté qu'une récente affirmation iranienne concernant la pose de mines dans le détroit a davantage dissuadé les compagnies maritimes. « Cette seule menace a empêché le trafic de reprendre une fois le cessez-le-feu annoncé », a-t-elle déclaré.
Au-delà du bruit, l'histoire est plus simple qu'il n'y paraît. Malgré les déclarations d'ouverture, le détroit n'est actuellement pas considéré comme sûr pour le transit par ceux qui naviguent dans ses eaux. Jakob Larsen, responsable de la sécurité et de la sûreté à l'association internationale de transport maritime BIMCO, a publiquement contesté l'idée d'un détroit entièrement ouvert.
Sur LinkedIn, il a écrit qu'il ne pouvait pas être « déclaré sûr pour le transit !! » Son évaluation souligne les préoccupations profondes au sein de l'industrie. Ian Ralby, expert en affaires maritimes et internationales et directeur de l'ONG américaine Auxilium Worldwide, a fait écho à ce scepticisme. Il a souligné la nécessité que la guerre se termine entièrement avant toute intervention, avertissant du potentiel élevé d'incidents, même de tirs amis, pour raviver le conflit. « L'irrationalité et les activités d'escalade sporadiques des trois parties belligérantes ont été si extrêmes que l'Europe sera très désireuse d'éviter de s'embourber dans un désordre qu'elle n'a pas choisi de commencer », a déclaré Ralby à DW.
Cette perspective souligne la prudence qui guide l'approche de la coalition. Les pays non belligérants ont proposé une approche à deux volets pour sécuriser la voie navigable. Leur plan implique l'escorte de navires commerciaux et le déminage de mines potentielles.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé les capacités de son pays, déclarant : « Nous pourrions fournir des navires de déminage — nous sommes bons dans ce domaine. » Il a également souligné la nécessité d'une « base juridique solide » pour une telle intervention, indiquant le travail diplomatique minutieux requis. Le général français à la retraite Dominique Trinquand, consultant militaire, a suggéré que les États-Unis bénéficieraient de l'aide européenne en matière de déminage. Il a noté que les marines européennes sont « bien mieux équipées que les Américains » pour cette tâche spécifique.
Trinquand a spécifiquement mentionné les « navires de déminage tripartites — sous contrôle français, néerlandais et belge » comme un atout européen. Il a également prédit que la France contribuerait probablement au plus grand nombre de navires pour les missions d'escorte. Derrière le langage diplomatique se cache un calcul géopolitique complexe.
La volonté de la coalition d'agir, même sous condition, sert un objectif plus large. Jean-Paul Palomeros, ancien commandant suprême allié de l'OTAN pour la Transformation, estime que cette expertise offre un avantage diplomatique significatif. Les pays partenaires sont désireux de faire preuve de bonne volonté envers les États-Unis, en particulier après que l'ancien président Trump a exprimé sa frustration quant au fait que les nations européennes ne soutenaient pas pleinement les États-Unis dans le conflit iranien. « Ils devraient essayer de calmer Trump, car les États-Unis sont après tout une pierre angulaire de l'OTAN », a expliqué Palomeros.
Il a ajouté qu'une alliance forte est essentielle pour répondre aux futures attaques contre les États membres, citant comme exemple une attaque russe hypothétique contre un État balte. Les dirigeants présents à la réunion de vendredi semblaient conscients de la nécessité de maintenir la faveur américaine. Plusieurs, dont la Première ministre italienne Giorgia Meloni, ont fait référence à l'opération Aspides, une mission existante de l'Union européenne visant à protéger le transport maritime en mer Rouge.
Dans cette région, les navires marchands ont été la cible d'attaques de militants houthis, un groupe musulman chiite basé au Yémen et soutenu par l'Iran. Palomeros y a vu un signal délibéré. « Ils ont eu raison de souligner cette mission, envoyant le message aux Américains que ces pays prennent des risques pour sécuriser une autre étendue de mer », a-t-il commenté. Cet alignement stratégique vise à montrer l'engagement de l'Europe en faveur de la sécurité maritime au-delà de ses frontières immédiates.
Le marché vous dit quelque chose. Écoutez. La paralysie continue du transport maritime via Ormuz, malgré les déclarations officielles, témoigne de l'instabilité sous-jacente.
Le coût économique s'étend au-delà des prix immédiats de l'énergie. Les chaînes d'approvisionnement mondiales, déjà mises à rude épreuve par de récentes perturbations, subissent une pression supplémentaire. Les pays du Sud global, fortement dépendants de coûts énergétiques prévisibles et de routes commerciales efficaces, supportent un fardeau disproportionné.
Des primes d'assurance plus élevées se traduisent par des importations plus coûteuses, ce qui a un impact sur le coût de la vie de millions de personnes. Cette situation souligne la fragilité du commerce mondial lorsqu'une artère vitale est compromise. Pourquoi c'est important : Le détroit d'Ormuz est plus qu'une voie de navigation ; c'est un baromètre de la stabilité régionale et de la santé économique mondiale.
Son passage sécurisé est vital pour le flux soutenu d'énergie vers les marchés mondiaux, influençant tout, des prix du carburant à la pompe au coût de fabrication des biens. L'incertitude persistante, malgré les efforts diplomatiques, souligne l'interaction complexe entre conflit militaire, droit international et réalités économiques. Pour les consommateurs et les industries du monde entier, le flux ininterrompu de marchandises à travers cette voie navigable se traduit directement par des coûts prévisibles et des chaînes d'approvisionnement stables.
La situation actuelle, avec des centaines de navires immobilisés, représente un frein important à l'activité économique mondiale et une menace persistante pour la sécurité énergétique. - Une coalition multinationale est prête à sécuriser le détroit d'Ormuz, mais seulement après un accord de paix complet. - Malgré les déclarations officielles, le détroit n'est pas considéré comme sûr pour le transit par les experts maritimes, avec 832 navires actuellement bloqués. - Les nations européennes visent à tirer parti de leur expertise en matière de déminage comme un geste diplomatique envers les États-Unis. - L'impact économique comprend l'augmentation des primes d'assurance et les perturbations des chaînes d'approvisionnement et de l'énergie mondiale. La voie à suivre reste complexe. Les chefs militaires des pays non belligérants doivent se réunir la semaine prochaine au quartier général du commandement militaire du Royaume-Uni à Northwood, près de Londres.
Ces discussions approfondiront les aspects pratiques de leur rôle potentiel dans la région. La consultante géopolitique Rym Momtaz, rédactrice en chef du blog Strategic Europe de Carnegie Europe, estime que la pression sur l'Europe pour qu'elle agisse s'intensifiera si le cessez-le-feu tient. « Il y a une question légitime qui peut être posée à la France et aux pays de cette coalition, puisque le cessez-le-feu semble tenir : Allez-vous commencer à escorter des navires à travers le détroit d'Ormuz et avez-vous identifié un corridor sûr là-bas ? » a demandé Momtaz à DW. Elle a également interrogé leurs progrès sur les discussions d'assurance et les préparatifs avec les compagnies maritimes pour les futures opérations.
Les observateurs internationaux suivront de près les mesures concrètes et un calendrier clair de la part de Northwood.
Points Clés
— - Une coalition multinationale est prête à sécuriser le détroit d'Ormuz, mais seulement après un accord de paix complet.
— - Malgré les déclarations officielles, le détroit n'est pas considéré comme sûr pour le transit par les experts maritimes, avec 832 navires actuellement bloqués.
— - Les nations européennes visent à tirer parti de leur expertise en matière de déminage comme un geste diplomatique envers les États-Unis.
— - L'impact économique comprend l'augmentation des primes d'assurance et les perturbations des chaînes d'approvisionnement et de l'énergie mondiale.
Source : DW
