Quatre navires en provenance de ports iraniens semblent avoir traversé une ligne de blocus américain nouvellement établie dans le golfe d'Oman, selon l'analyse des données de suivi de navires par BBC Verify. Ce développement, survenu depuis la mise en œuvre du blocus lundi, remet en question l'intention déclarée de Washington de réduire l'activité maritime iranienne. Le président Donald Trump a affirmé jeudi que les restrictions navales resteraient "pleinement en vigueur" contre l'Iran jusqu'à ce qu'une transaction avec Téhéran soit "100% complète".
Trois des quatre navires identifiés, le Shabdis, le Tava 4 et l'Azargoun, sont déjà soumis à des sanctions américaines. Ces navires ont été suivis alors qu'ils émettaient leurs positions au large des côtes indiennes, naviguant bien au-delà de la limite du blocus. Un autre cargo, l'Ashkan3 25278, a transmis sa position depuis le port de Karachi au Pakistan après avoir quitté un port iranien.
Ces mouvements représentent un défi direct à la position américaine. La fiabilité de ces données de suivi est cependant souvent remise en question. Les systèmes de suivi de navires reposent sur la transmission précise de leurs informations de localisation par les navires.
Les navires sanctionnés, en particulier ceux liés à l'Iran, désactivent fréquemment leurs traqueurs ou transmettent de fausses positions, une pratique connue sous le nom de "spoofing". Des experts consultés par BBC Verify ont indiqué que ce comportement est courant pour ce type de navires. Cela rend la confirmation définitive de leurs routes précises plus complexe. Washington avait déclaré le blocus naval contre les ports iraniens actif à partir du lundi 14 avril.
Cette action est intervenue six semaines après le début de la guerre américano-israélienne avec l'Iran, un conflit qui a déjà mis à rude épreuve le transport maritime mondial. Le blocus vise à empêcher les navires d'entrer ou de sortir des ports iraniens. Le président Trump, écrivant sur Truth Social, a exprimé sa gratitude au ministre des Affaires étrangères iranien pour avoir déclaré le détroit d'Ormuz ouvert. "Merci !", a-t-il posté.
Il a ensuite précisé que le blocus naval américain concernerait "l'Iran, uniquement". Les navires à destination ou en provenance d'autres nations, a-t-il déclaré, seraient autorisés à passer librement. Derrière le langage diplomatique se cache un objectif militaire clair. Le général Dan Caine, l'officier militaire américain le plus haut gradé, a présenté une grande carte plastifiée lors d'une conférence de presse au Pentagone jeudi.
Son doigt a tracé une ligne rouge audacieuse s'étendant du point le plus oriental d'Oman à la frontière de l'Iran avec le Pakistan, définissant physiquement la zone de blocus pour les journalistes. Caine a déclaré aux journalistes que le blocus "s'applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, se dirigeant vers ou depuis les ports iraniens". Cela laissait peu de place à une mauvaise interprétation concernant l'intention de l'armée américaine. Le Commandement central de la marine américaine (CENTCOM) a également déclaré que ses forces intercepteraient tout navire soupçonné de transporter de la "contrebande". Cette catégorie comprend le pétrole, les produits pétroliers, les armes, les munitions et les matières nucléaires liés à l'Iran.
La portée est large. Pourtant, lorsque BBC Verify a interrogé CENTCOM sur les quatre navires spécifiques identifiés comme ayant franchi la ligne de blocus, le commandement a répondu "rien à ajouter" au-delà des remarques précédentes du général Caine. Caine avait déclaré que les États-Unis n'avaient pas encore arraisonné de navires.
L'analyse par BBC Verify des données de suivi de navires a révélé d'autres cas de navires sanctionnés traversant le blocus. Au moins trois pétroliers supplémentaires, également sanctionnés par les États-Unis pour leurs liens avec l'Iran, ont franchi la ligne de blocus depuis lundi. Ces navires, cependant, n'ont pas été affectés par le blocus car ils n'ont pas signalé d'escale dans des ports iraniens.
Cette distinction met en évidence une faille potentielle dans le mécanisme d'application, ou du moins une nuance dans la manière dont les États-Unis définissent la conformité. Les efforts de conformité ont, dans certains cas, donné des résultats. CENTCOM a rapporté que dans les premières 72 heures du blocus, les forces américaines ont ordonné à 14 navires de faire demi-tour.
Ces navires ont ensuite respecté les directives du blocus. Les données de suivi de navires analysées par BBC Verify ont documenté au moins deux de ces cas impliquant des navires ayant des liens directs avec l'Iran. Le porte-conteneurs iranien Kashan, qui avait navigué depuis le port de Bandar Abbas, a modifié sa route.
De même, le pétrolier Simba V, également sanctionné par les États-Unis pour ses liens avec l'Iran, a fait demi-tour près de la ligne de blocus américaine. Ces incidents suggèrent une image mitigée d'application et d'évasion. Dans une interaction documentée, CENTCOM a posté une vidéo montrant un navire filmé depuis un hélicoptère.
Accompagnant l'image, il y avait l'audio d'un marin du navire de guerre USS Michael Murphy déclarant que le navire serait escorté vers son prochain port d'escale. Le groupe de surveillance TankerTrackers.com a ensuite confirmé à BBC Verify que le navire dans la vidéo était le pétrolier iranien Deep Sea. Ce navire, également sanctionné par les États-Unis pour ses liens iraniens, n'a pas diffusé de données de localisation depuis plus d'un mois.
L'imagerie satellite analysée par BBC Verify indique que le pétrolier est maintenant proche du port iranien de Chabahar. CENTCOM n'a pas encore confirmé l'identité du navire dans sa vidéo ni son lieu d'interception à BBC Verify. Voici le chiffre qui compte : avant le début du conflit le 28 février, une moyenne de 138 navires traversaient le détroit d'Ormuz chaque jour.
Ce chiffre, rapporté par le Joint Maritime Information Centre, souligne le volume considérable de trafic maritime à travers ce point de passage étroit. La perturbation du transport maritime au cours des six dernières semaines a eu des effets tangibles. Les prix de l'énergie ont connu une déstabilisation considérable.
Les chaînes d'approvisionnement, déjà fragiles en raison des récents événements mondiaux, ont subi de nouvelles tensions. La dépendance du monde à l'égard de ce canal, reliant le golfe Persique à l'océan Indien, est évidente. Au-delà du bruit, l'histoire est plus simple qu'il n'y paraît : le détroit d'Ormuz est essentiel.
Environ un cinquième de la consommation mondiale totale de pétrole, ainsi qu'une part significative de son gaz naturel liquéfié, transite par cette voie navigable. Toute perturbation prolongée ici se traduit directement par des coûts de transport plus élevés, des primes d'assurance accrues, et finalement, des prix plus élevés pour les consommateurs du monde entier. Pour les nations fortement dépendantes des importations d'énergie, en particulier celles du Sud global, ces coûts sont très lourds.
Le marché vous dit quelque chose. Écoutez. Il signale l'incertitude et les primes de risque.
Cette impasse actuelle ajoute une autre couche de complexité au conflit plus large entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Le ministre des Affaires étrangères de Téhéran, Abbas Araghchi, avait déclaré sur X que le détroit "est déclaré complètement ouvert pour la période restante du cessez-le-feu", qui doit expirer le 22 avril. Cette déclaration visait apparemment à désamorcer les tensions maritimes, ou du moins à présenter les actions de l'Iran comme étant conformes aux termes plus larges du cessez-le-feu.
Cependant, le blocus américain, ciblant spécifiquement les ports iraniens, suggère une interprétation plus nuancée et limitée de cette ouverture du point de vue de Washington. Les deux parties ne sont clairement pas entièrement d'accord sur les règles d'engagement. Pourquoi c'est important :
– Le blocus américain vise à isoler économiquement l'Iran en restreignant son commerce maritime.
– Les violations du blocus, même par des navires sanctionnés, compliquent les efforts d'application de Washington et soulèvent des questions quant à son efficacité.
– La perturbation continue du transport maritime à travers le détroit d'Ormuz a un impact direct sur les prix mondiaux de l'énergie et la stabilité des chaînes d'approvisionnement, avec des conséquences économiques pour les consommateurs du monde entier, en particulier dans les économies dépendantes des importations.
– L'interaction entre l'action militaire et les déclarations diplomatiques autour du détroit souligne la nature complexe et volatile du conflit plus large entre les États-Unis, Israël et l'Iran.
Les jours à venir seront cruciaux pour observer l'efficacité du blocus. Le cessez-le-feu, en vertu duquel le ministre des Affaires étrangères iranien a déclaré le détroit d'Ormuz ouvert, doit expirer le 22 avril. La manière dont Washington réagira aux violations continues, en particulier par des navires sanctionnés, révélera la véritable détermination derrière sa présence navale.
Les investisseurs surveilleront les changements dans les taux de fret maritime mondiaux et les indices de référence énergétiques. Le monde observera si les États-Unis renforcent leurs mécanismes d'application ou si les violations s'intensifient davantage, ce qui pourrait conduire à des confrontations plus directes dans l'une des voies navigables les plus vitales de la planète.
Points clés à retenir
— - Quatre navires en provenance de ports iraniens auraient franchi la ligne de blocus américaine dans le golfe d'Oman depuis lundi.
— - Trois de ces navires sont sous sanctions américaines, diffusant leurs positions au large de l'Inde et du Pakistan après avoir quitté l'Iran.
— - Le Commandement central américain a rapporté que 14 navires ont fait demi-tour pour se conformer, mais n'a fait aucun commentaire sur les navires qui ont franchi le blocus.
— - La situation actuelle dans le détroit d'Ormuz continue de déstabiliser les prix mondiaux de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement.
Source : BBC News
