Les femmes sud-coréennes se tournent de plus en plus vers la littérature et les groupes d'écriture privés, appelés *guelbang*, pour exprimer leurs expériences et défier les attentes sociétales, créant ainsi un mouvement culturel dynamique. Ce changement offre un espace essentiel de dialogue et d'expression de soi, selon l'autrice Eunyu, qui a lancé son propre atelier d'écriture en 2011. De nombreuses femmes trouvent une profonde guérison personnelle au sein de ces communautés, note-t-elle.
Le mémoire de Seen Aromi, *So What if I Love My Single Life!*, est devenu un best-seller instantané début 2024, documentant sa vie de célibataire épanouie. Des femmes de toute la Corée du Sud, quel que soit leur statut matrimonial ou leur nombre d'enfants, ont trouvé un écho dans les réponses confiantes d'Aromi aux pressions sociétales et aux conseils non sollicités. Son livre a offert un sentiment de liberté.
Il a parlé à beaucoup. Pourtant, le succès d'Aromi a rapidement rencontré un torrent de critiques en ligne, principalement de la part d'hommes. Ils l'ont accusée d'égoïsme, lui ont dit qu'elle mourrait seule, et l'ont même accusée de "trahir son pays". Cette réaction met en lumière une tension croissante en Corée du Sud, où une importante réaction antiféministe, largement menée par de jeunes hommes, cible souvent les femmes qui affirment leur indépendance.
Pour beaucoup, la politique dit une chose ; la réalité en dit une autre. Alors que la Corée du Sud est confrontée à des taux de natalité extrêmement bas, les choix personnels de femmes comme Aromi, qui a acheté une maison à la campagne et a décidé de ne pas se marier ni avoir d'enfants, sont soumis à un examen public intense. Elle aime préparer des salades avec des légumes frais.
Elle tient un journal dans son salon douillet. Ses choix lui appartiennent. "Je ne prétends pas que tout le monde devrait abandonner le mariage ou mépriser les personnes mariées de quelque manière que ce soit", a déclaré Aromi, citée par BBC News. "J'ai simplement écrit sur la façon dont faire mes propres choix, prioriser mes désirs, m'a amenée à vraiment apprécier ma vie. J'ai senti que les gens attendaient vraiment d'entendre des histoires comme la mienne." Une lectrice en ligne a fait écho à ce sentiment : "Ma vie aurait pu être différente si j'avais lu ce livre avant de me marier.
À l'époque, je n'avais jamais réalisé que le mariage était facultatif."
Ce climat, où le féminisme lui-même est devenu un terme polarisé, invitant souvent aux attaques en ligne et à la censure hors ligne, a poussé de nombreuses femmes à chercher d'autres voies d'expression. La discrimination, le harcèlement et la violence sexuelle restent des problèmes graves dans le pays. Mais le discours public sur ces sujets est souvent confronté à une opposition immédiate.
Cela a forcé une révolution silencieuse. En 2016, le mouvement MeToo en Corée du Sud a servi de catalyseur, encourageant les femmes ordinaires à parler de leurs expériences, comme l'a expliqué l'autrice Eunyu. Même si le sentiment antiféministe a gagné du terrain, de plus en plus de femmes ont commencé à animer des ateliers d'écriture et des séances de lecture.
Ces espaces sont devenus plus accessibles. De nombreuses participantes sont depuis devenues elles-mêmes écrivaines, a observé Eunyu. Ces rassemblements, connus sous le nom de *guelbang*, ou salles de lecture et d'écriture, ont prospéré.
Ils offrent aux femmes un temps et un espace dédiés pour se connecter et grandir en tant que communauté. "J'ai vu d'innombrables cas de participantes digérer leur douleur, restaurer leur estime de soi et leur confiance par l'acte d'écrire", a déclaré Eunyu à BBC News. "Bien que ces changements soient profondément personnels, lorsqu'ils se déroulent au sein d'une communauté, ils peuvent souvent inspirer une chaîne de réactions. En ce sens, ce dont nous sommes témoins ici est une révolution lente – mais certaine."
Cette année a marqué une étape importante pour les autrices. Les femmes ont remporté les six catégories des prestigieux Yi Sang Awards du pays, une première dans l'histoire du prix. Cette reconnaissance fait suite à la victoire historique du prix Nobel de Han Kang en 2024, attirant une attention internationale accrue sur la littérature coréenne.
Les chiffres témoignent clairement d'une influence croissante. Au-delà des distinctions nationales, l'intérêt mondial pour la culture coréenne a alimenté une augmentation des livres coréens traduits. Les ventes ont plus que doublé en 2024 par rapport à l'année précédente, les écrivains coréens pénétrant de plus en plus le marché international.
Cet effet transfrontalier signifie que des histoires autrefois confinées à un contexte culturel spécifique résonnent désormais auprès d'un public mondial. Ce que cela signifie concrètement pour votre famille, que ce soit à Séoul ou à San Diego, c'est un paysage littéraire plus riche et plus diversifié. Cette scène littéraire florissante présente une liste d'œuvres riches et variées.
*The Old Woman With the Knife* de Gu Byeong-mo présente Hornclaw, une assassin légendaire d'une soixantaine d'années contemplant la retraite et la solitude. L'anthologie de science-fiction de Kim Cho-yeop, *If We Cannot Go at the Speed of Light*, met en scène une scientifique bloquée dans l'espace, dédiée à retrouver sa famille à des années-lumière de distance. Le nouveau mémoire de l'autrice et chanteuse Lang Lee explore les traumatismes, de la guerre de Corée à la violence domestique, qui ont hanté les femmes de sa famille.
*The Legend of Lady Byeoksa* d'Esther Park propose un conte de l'ère Joseon sur une chasseuse de démons travestie, faisant écho à la popularité de succès K-pop comme *Demon Hunters*. Ces œuvres littéraires, souvent publiées par des presses indépendantes, sont devenues des exutoires essentiels pour des conversations de plus en plus difficiles à tenir dans les espaces publics. Les campagnes antiféministes ont précédemment ciblé des personnalités publiques de premier plan, des acteurs comme Gong Yoo et Bae Suzy aux idoles de la K-pop.
Des fans masculins ont même brûlé des produits dérivés liés à des stars de la pop féminines pour avoir simplement lu un roman féministe ou porté une coque de téléphone avec la phrase "les filles peuvent tout faire". Cette peur des répercussions a conduit de nombreuses femmes, et même certains hommes, à adopter ce qu'ils appellent un "féminisme furtif".
Pour beaucoup, la prolifération des *guelbang* offre un répit crucial face à ce qu'elles décrivent comme une atmosphère étouffante. Un récent samedi après-midi, environ 50 femmes faisaient la queue devant une vieille église dans une rue tranquille de la ville de Daejeon, à 160 kilomètres au sud de Séoul. Elles étaient venues de diverses régions du pays pour assister à une conférence de l'autrice féministe Ha Mina.
Une mère avait même amené sa petite fille. La scène soulignait la soif de communauté. "Nous écoutons les histoires des unes et des autres ici – et cette expérience peut être transformatrice", a expliqué Ha Mina, soulignant son importance au milieu de la compétition intense et de la pression de réussir en Corée. Ces ateliers, a-t-elle ajouté, offrent un espace sûr où les femmes peuvent faire des erreurs et grandir, peut-être pour la première fois de leur vie.
Ha Mina elle-même avait connu des "comportements toxiques et prédateurs" dans des ateliers d'écriture animés par des poètes et romanciers masculins au début de sa carrière. Rejoindre un cours enseigné par une mentore féminine a changé sa trajectoire. Dans son premier livre acclamé par la critique, *Crazy, Freaky, Arrogant and Brilliant Women*, Ha Mina a interviewé 30 jeunes femmes sud-coréennes, enquêtant sur le lien entre la dépression chez la population féminine et les attentes sociales et la violence genrée.
Rendre ces histoires visibles lui a apporté une profonde guérison. "J'ai cessé d'avoir des pensées suicidaires après avoir publié ce livre. N'est-ce pas incroyable ?" a-t-elle réfléchi. Les motivations qui attirent tant de femmes dans ces espaces sont variées, mais elles partagent un fil conducteur commun : la recherche d'une pièce à soi.
Un lieu où elles peuvent trouver la liberté, l'aventure et, surtout, exprimer leurs pensées "en toute sécurité et à l'aise", comme l'a décrit une participante. Kim Gahyun, 28 ans, qui a assisté à l'événement de Daejeon, a souligné cette liberté. "Je n'ai pas besoin de me censurer, que nous parlions de notre expérience de la violence sexuelle, de la discrimination, ou de nos désirs et de notre sexualité", a-t-elle déclaré. Rencontrer d'autres femmes, a-t-elle ajouté, a élargi sa perspective : "La féminité n'est pas une expérience singulière et nous ne pouvons pas être enfermées dans la même catégorie."
Choi Suwon, 36 ans, a trouvé un écho dans cette diversité. "Il n'y a pas que les femmes, des personnes de toutes sortes de minorités apportent leurs histoires uniques, et nous nous écoutons mutuellement, peu importe à quel point elles sont éloignées de 'la norme'", a-t-elle noté. "Écrire et partager mes histoires dans ces espaces me procure un profond sentiment de libération." Pour Lee Hae, 29 ans, ces espaces sont "le parfait régal dont j'avais besoin". Elle a pris un train à grande vitesse de deux heures depuis Daegu pour assister au "concert littéraire" de Lee Sulla à Séoul. "J'adore lire les œuvres de Lee et d'autres écrivaines contemporaines, car je peux vraiment m'identifier à ces histoires", a-t-elle partagé. Lee Sulla, élue "écrivaine coréenne contemporaine la plus éminente" en 2023 par un grand libraire, a acquis un large lectorat avec son premier roman, *In The Age of Filiarchy*. La protagoniste du roman devient la nouvelle cheffe de sa famille, inversant sa fortune à mesure que son entreprise d'édition indépendante prospère.
Elle engage sa mère, Bokhee, comme cheffe cuisinière et assistante, et son père comme chauffeur et femme de ménage. Pour la première fois, Bokhee reçoit une compensation pour son travail. Son patriarche déchu, Woongyi, trouve son bonheur à nettoyer la maison, nourrir les chats et conduire sa fille.
Le style subtil et humoristique de Lee a fait le succès du livre. Des hommes plus âgés assistent même à ses conférences, dit-elle. Sa réimagination audacieuse des dynamiques familiales a conquis le cœur de nombreuses femmes. "Ce que je dépeins ne sont pas de grands événements bouleversants, seulement de petits changements dans la dynamique d'une famille", a observé Lee. "Mais ceux-ci peuvent être suffisamment puissants pour créer un ordre complètement nouveau." Ce que cela signifie concrètement pour les familles à travers la Corée du Sud est une réévaluation subtile mais profonde des rôles et des attentes traditionnels, allant au-delà des débats politiques abstraits pour des changements tangibles dans la vie quotidienne.
Points clés : - Les communautés littéraires et d'écriture féminines en Corée du Sud se développent rapidement, offrant des espaces sûrs pour l'expression de soi. - Ce mouvement offre un contre-récit au sentiment antiféministe prévalent et aux pressions sociétales traditionnelles. - Les autrices connaissent un succès critique et commercial significatif, tant au niveau national qu'international. - Ces espaces facilitent la guérison personnelle et l'autonomisation collective, remettant en question les normes de genre établies de longue date. L'expansion de ces espaces littéraires dirigés par des femmes et la visibilité croissante des autrices suggèrent une évolution continue de la société sud-coréenne. Les lecteurs devraient observer comment ces changements culturels pourraient influencer des discussions politiques plus larges concernant l'égalité des sexes et les structures familiales.
Le succès continu d'autrices comme Seen Aromi et Lee Sulla inspirera probablement davantage de femmes à partager leurs histoires, façonnant ainsi la conversation nationale et influençant potentiellement la manière dont les générations futures navigueront entre les choix personnels et les attentes sociétales.
Points clés
— - Les communautés littéraires et d'écriture féminines en Corée du Sud se développent rapidement, offrant des espaces sûrs pour l'expression de soi.
— - Ce mouvement offre un contre-récit au sentiment antiféministe prévalent et aux pressions sociétales traditionnelles.
— - Les autrices connaissent un succès critique et commercial significatif, tant au niveau national qu'international.
— - Ces espaces facilitent la guérison personnelle et l'autonomisation collective, remettant en question les normes de genre établies de longue date.
Source : BBC News









