La Première ministre italienne Giorgia Meloni a publiquement condamné cette semaine les critiques de Donald Trump à l'encontre du Pape Léon XIV, signalant un changement significatif dans ses alliances politiques en Europe. Ce réalignement fait suite à un mécontentement public croissant en Italie concernant les prix de l'énergie et à une récente défaite lors d'un référendum national, selon les analystes. Meloni a qualifié lundi les propos de Trump sur le souverain pontife d'« inacceptables », marquant une rupture nette avec leur relation auparavant cordiale.
Le catalyseur immédiat de la réprimande publique de Meloni provenait de la diatribe de Donald Trump sur les réseaux sociaux contre le Pape Léon XIV. Le souverain pontife avait critiqué la guerre américano-israélienne en Iran, déclarant que le monde était « ravagé par une poignée de tyrans ». Trump a répliqué en qualifiant Léon de « faible », incitant Meloni à défendre le chef de l'Église catholique. Cette confrontation directe a contraint la dirigeante italienne, dont la nation possède une profonde identité catholique, à faire un choix.
Plus de la moitié des Italiens se déclarent catholiques, ce qui fait de la position du Pape une question sensible. Meloni a déclaré qu'il était « juste et normal que [le pape] appelle à la paix et condamne toute forme de guerre ». Ses paroles ont marqué une rupture nette avec un allié qu'elle avait autrefois courtisé. Trump, qui avait auparavant salué Meloni comme « l'une des vraies leaders du monde », a rapidement riposté, déclarant à un journal italien qu'« elle est celle qui est inacceptable » et qu'« elle n'est plus la même personne ». Cet échange a mis fin à leur alliance.
Derrière le langage diplomatique se cache une réalité économique plus fondamentale qui a remodelé l'opinion publique italienne. La guerre en cours en Iran a directement impacté les marchés de l'énergie, faisant grimper les prix pour les consommateurs italiens. L'Italie dépend fortement du gaz naturel, important environ 10 % de son approvisionnement du Qatar avant le conflit.
Le détroit d'Ormuz, une route maritime mondiale cruciale, a connu des blocus, et les contre-attaques de l'Iran sur la plus grande raffinerie de gaz du Qatar ont perturbé les approvisionnements. Cette chaîne d'événements a contraint l'Italie à chercher des sources d'énergie alternatives. Les prix ont grimpé rapidement.
Ces perturbations ont des conséquences tangibles pour les Italiens au quotidien. Le prix du diesel en Italie dépasse les 2 € [2,30 $] par litre. De tels chiffres impactent directement les budgets des ménages.
Leo Goretti, responsable du programme de politique étrangère italienne au think tank Istituto Affari Internazionali à Rome, a observé un mécontentement croissant au sein de la base politique de Meloni. « Cela a un impact massif sur un certain nombre de groupes sociaux qui sont probablement conservateurs et pro-Meloni », a expliqué Goretti. Roberto D'Alimonte, professeur émérite de sciences politiques à l'Université de Florence, a acquiescé, notant que « les gens associent les factures plus élevées et les prix de l'essence à Trump ». Ce sentiment populaire crée une pression politique. Les sondages publics reflètent cette tension économique et ses retombées politiques.
Un sondage YouGov de mars a indiqué que 80 % des Italiens avaient une opinion défavorable de Trump. Cette opinion négative s'est intensifiée à mesure que la guerre en Iran faisait grimper les prix de l'énergie. De plus, un récent sondage de l'institut de recherche italien SWG a révélé que neuf Italiens sur dix exprimaient des inquiétudes quant à l'effet de la guerre sur les coûts de l'énergie.
Six sur dix s'opposaient à la guerre elle-même. Ces chiffres bruts révèlent la véritable frustration du public. La relation de Meloni avec Trump s'était déjà refroidie ces derniers mois.
Elle s'était prononcée contre ses menaces d'annexer le Groenland en janvier. Goretti a souligné le soutien continu de Trump à Israël dans le conflit de Gaza, qui a entraîné des dizaines de milliers de morts palestiniens, comme un autre facteur. Le soutien passé de Meloni à Trump et à Israël pourrait lui avoir coûté cher politiquement.
Le public italien a manifesté sa colère face aux violations humanitaires dans la guerre de Gaza, a déclaré Goretti. « Ils ne sont pas satisfaits de l'instabilité qu'Israël déchaîne au Moyen-Orient. »
Ce sentiment a probablement contribué à la défaite de Meloni lors d'un référendum sur la réforme judiciaire, sans rapport direct, en mars. Le vote, largement considéré comme une mesure de la popularité nationale de son gouvernement, a vu 54 % des Italiens voter contre les réformes. Ce résultat aurait contraint Meloni à considérer Trump comme un fardeau politique.
Le résultat du référendum a été un signal clair. Meloni, décrite comme une pragmatique par Julien Hoez, rédacteur en chef du French Dispatch et analyste politique, s'efforce désormais activement de réparer les ponts. Elle a suspendu un accord de défense avec Israël.
Cette étape signale une prise de distance par rapport aux positions antérieures. « Il y a diverses raisons pour lesquelles elle a décidé de s'en prendre à Trump », a noté Hoez. Il a cité l'impopularité de Trump en Italie, les prix élevés de l'énergie, la nécessité pour Meloni de se remettre de la défaite du référendum, et la stagnation de la croissance du PIB. La controverse entre Trump et le Pape, a ajouté Hoez, a offert à Meloni une opportunité de victoire politique en défendant le chef catholique qui réside en Italie.
Pendant des années, Meloni avait cultivé une relation avec Trump, espérant assurer à l'Italie un rôle de médiateur entre l'Union européenne et les États-Unis. Goretti estime que c'était un « vœu pieux ». Cette stratégie n'a apporté que peu de gains tangibles à l'Italie. Maintenant, suggère Goretti, Meloni pourrait davantage s'orienter vers un alignement avec les gouvernements conservateurs de centre-droit en Europe, plutôt qu'avec l'extrême droite.
Cette réorientation pourrait remodeler les alliances continentales. La défaite de Viktor Orban aux élections hongroises du 12 avril, malgré le soutien de Trump, a encore isolé Meloni au sein de l'Union européenne, a observé D'Alimonte. « Elle a perdu un homme politique partageant les mêmes idées en Europe, un souverainiste, un leader anti-immigration », a déclaré D'Alimonte. « Progressivement, je pense qu'elle doit se rapprocher de Merz, Macron et d'autres. » Pour l'UE, cela signifie que Trump a moins d'options pour saper l'unité au niveau de l'UE, a expliqué Hoez. La politique commerciale est une politique étrangère par d'autres moyens, et les calculs de Meloni ont changé.
Les actions de Meloni indiquent une recalibration stratégique. Son gouvernement fait face à des élections l'année prochaine. Le prix à la pompe décidera de nombreux votes.
Sa défense du Pape a été une décision intelligente, a conclu D'Alimonte, car le Pape est une figure populaire parmi ses électeurs. Ce changement pourrait voir les priorités de la politique étrangère italienne s'adapter aux réalités économiques nationales et au sentiment public. C'est un exemple clair de la manière dont les chaînes d'approvisionnement mondiales et les coûts de l'énergie peuvent influencer directement les alignements politiques nationaux.
Points clés à retenir : - La Première ministre italienne Giorgia Meloni a publiquement pris ses distances avec Donald Trump après ses critiques envers le Pape Léon XIV, qualifiant ses propos d'« inacceptables ». - Cette rupture fait suite à un mécontentement public italien généralisé concernant la hausse des prix de l'énergie, directement liée à la guerre en Iran et aux perturbations dans le détroit d'Ormuz. - Les analystes suggèrent que la démarche de Meloni est une tentative pragmatique de s'aligner sur le sentiment des électeurs italiens et de se remettre d'une récente défaite lors d'un référendum national. - Ce changement pourrait voir Meloni chercher des liens plus étroits avec les leaders européens de centre-droit traditionnels, plutôt que de maintenir une alliance d'extrême droite. La suite pour Meloni implique une navigation prudente entre la politique intérieure et européenne. Des élections italiennes sont prévues l'année prochaine, et sa capacité à répondre aux préoccupations des consommateurs concernant les prix de l'énergie sera cruciale.
Les observateurs suivront de près tout ajustement futur des accords de défense de l'Italie ou de ses postures diplomatiques envers Israël. Ses futures interactions avec des personnalités comme le chancelier allemand Olaf Scholz et le président français Emmanuel Macron indiqueront l'étendue de son réalignement européen. L'impact de la guerre en Iran sur les marchés mondiaux de l'énergie, en particulier les flux de gaz via le détroit d'Ormuz, continuera d'influencer la stabilité économique de l'Italie et, par extension, la position politique de Meloni.
Points clés à retenir
— - La Première ministre italienne Giorgia Meloni a publiquement pris ses distances avec Donald Trump après ses critiques envers le Pape Léon XIV, qualifiant ses propos d'« inacceptables ».
— - Cette rupture fait suite à un mécontentement public italien généralisé concernant la hausse des prix de l'énergie, directement liée à la guerre en Iran et aux perturbations dans le détroit d'Ormuz.
— - Les analystes suggèrent que la démarche de Meloni est une tentative pragmatique de s'aligner sur le sentiment des électeurs italiens et de se remettre d'une récente défaite lors d'un référendum national.
— - Ce changement pourrait voir Meloni chercher des liens plus étroits avec les leaders européens de centre-droit traditionnels, plutôt que de maintenir une alliance d'extrême droite.
Source : DW
