Le récent conflit impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran, parallèlement aux actions russes en cours en Ukraine, a poussé l'ordre mondial de l'après-Seconde Guerre mondiale à un point critique. Cette érosion des normes internationales établies indique un "point bas dans un ordre fondé sur des règles", selon Stacie Goddard, professeure de sciences politiques au Wellesley College. Ce changement force les nations à faire face à ce qui pourrait émerger ensuite.
L'ordre fondé sur des règles, un cadre forgé après la dévastation de deux guerres mondiales au 20e siècle, visait à favoriser un environnement mondial plus stable, libre et prospère. Il repose sur un ensemble distinct de normes et d'institutions. Celles-ci incluent les Nations Unies et l'Organisation Mondiale du Commerce, établies pour contraindre les comportements des États et réguler les relations internationales, a expliqué Goddard.
Les États membres ont convenu de s'abstenir d'actes d'agression contre d'autres, défendant le droit à la légitime défense en réponse à toute attaque. Ce système cherchait à prévenir un retour à des conflits généralisés. Cependant, ce cadre n'a pas servi toutes les nations de manière égale.
De nombreux pays du Sud global ont longtemps perçu les garde-fous construits par les puissances occidentales comme bénéficiant principalement aux États-Unis et à leurs alliés. "C'était un club très sélectif", a déclaré Amitav Acharya, professeur à l'American University de Washington et auteur de "The Once and Future World Order". Il a confié à DW qu'une perception persistante existe parmi les nations du Sud global : "les règles sont truquées contre elles". Bien que certains avantages aient été accumulés, ces nations n'ont jamais vraiment acquis une influence significative ou une position mondiale proéminente. Des exemples concrets soulignent ce sentiment. La Cour Pénale Internationale (CPI), par exemple, est souvent accusée par des dirigeants africains et des avocats des droits de l'homme de cibler de manière disproportionnée des individus de leur continent.
Un rapport d'Amnesty International de 2024 a noté que sur les 54 individus mis en accusation par la CPI à ce jour, 47 sont africains. Cette statistique met en évidence un déséquilibre perçu. De telles disparités ont alimenté un déclin plus large de la confiance dans l'ordre fondé sur des règles au cours de la dernière décennie.
Les actions de la Russie démontrent davantage cette érosion. Son annexion de la Crimée en 2014 a directement remis en question le principe de souveraineté. L'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022 a amplifié ces préoccupations, démontrant une volonté de mépriser le droit international fondamental.
Ces événements ont incité les spécialistes en géopolitique à considérer ce qui pourrait remplacer le système actuel si son ère touche réellement à sa fin. Un scénario fréquemment discuté implique la renaissance de la dominance hémisphérique. Ce concept fait écho à la "doctrine Monroe" du 19e siècle, qui cherchait à réduire l'influence européenne dans l'hémisphère occidental.
Aujourd'hui, certains qualifient certains aspects de la politique étrangère de l'ancien président américain Donald Trump de "doctrine Donroe". Cela semble signifier la dominance des États-Unis au sein de leur sphère régionale. Des exemples incluent l'éviction de Nicolas Maduro au Venezuela et les menaces américaines dirigées vers le Groenland.
Un tel monde pourrait voir la Chine exercer un contrôle plus strict sur l'Asie du Sud, avec des implications pour Taïwan, et la Russie obtenir carte blanche en Europe de l'Est. Ces résultats représentent les interprétations les plus sévères d'un modèle de dominance hémisphérique. Ce scénario, cependant, fait face à des obstacles importants. "Celui-là va subir énormément de contrecoups de la part des États souverains qui ne comprennent pas vraiment pourquoi ils ont été placés dans la sphère d'influence", a noté Goddard.
Elle s'interroge : "à quel moment quelqu'un a-t-il décidé que le Japon faisait partie de la sphère d'influence de la Chine, par exemple, ou la Corée du Sud d'ailleurs ?" En outre, Goddard soutient que des dirigeants comme Vladimir Poutine ou Donald Trump n'agissent pas toujours dans l'intérêt de leurs nations respectives. Leur objectif, a-t-elle expliqué, est souvent de s'élever, eux et leurs fidèles, au sein du système international, ce qui conduit à des comportements déroutants dans la politique mondiale. Cette observation a conduit Goddard et ses collègues de l'Université de Georgetown à forger le terme de "néo-royalisme". Cela décrit un éloignement de l'ordre fondé sur des règles vers des groupes de pouvoir élitistes.
Ces groupes ressemblent à des systèmes monarchiques historiques, où de petites cliques manipulent la politique internationale pour leur propre bénéfice et celui de leurs fidèles. Ce modèle suggère un retour à des formes de pouvoir mondial plus personnelles et moins institutionnalisées. En contraste frappant se trouve la vision d'un ordre mondial multiplex, tel que proposé par Acharya. "Dans un ordre multiplex, vous n'avez pas une ou deux ou une poignée de quelques grandes puissances", a-t-il expliqué.
Au lieu de cela, ce système présente un éventail diversifié d'acteurs. Les puissances moyennes, les puissances régionales, les acteurs non étatiques et les groupes de la société civile jouent tous des rôles importants. La coopération se produirait à la fois aux niveaux mondiaux, comme l'ONU, et aux niveaux régionaux.
Ce modèle met l'accent non seulement sur la distribution du pouvoir, mais aussi sur le partage des idées, du savoir-faire et l'adoption de normes communes. C'est une vision plus distribuée et décentralisée. Acharya souligne le rôle crucial de ces puissances moyennes. "Il y aura l'Indonésie en Asie du Sud-Est, il y aura l'Afrique du Sud en Afrique", a-t-il déclaré.
Il inclut l'Union européenne parmi ces acteurs influents, ainsi que des nations comme le Japon, la Corée du Sud et l'Inde. Ce monde, bien que toujours confronté aux conflits et à l'instabilité, verrait ces problèmes moins liés aux puissances hégémoniques. Un ordre multiplex n'éliminerait pas les défis, mais il en modifierait la nature.
Certains analystes craignent que le chaos et l'anarchie ne remplacent l'ordre existant, poussant le monde vers une autre guerre mondiale. Acharya estime qu'un tel scénario est peu probable pour le moment, malgré une appréhension généralisée. Goddard soutient également que les gens comprennent trop bien le coût d'une ère définie par de multiples guerres intercontinentales pour accepter de le payer à nouveau.
Elle anticipe que les puissances moyennes joueront un rôle décisif dans l'élaboration de la voie à suivre. Pourquoi c'est important : L'avenir de la gouvernance mondiale a un impact direct sur la stabilité économique, les droits de l'homme et le potentiel de conflit international. Un éloignement des normes établies pourrait perturber les accords commerciaux, mettre en péril les efforts de sécurité collective et redéfinir la souveraineté nationale.
Pour les citoyens, cela pourrait signifier une plus grande incertitude économique, des tensions géopolitiques accrues ou de nouvelles opportunités de coopération mondiale, selon la vision de l'ordre qui prévaudra. Les choix faits par les nations clés aujourd'hui auront des répercussions sur les sociétés pendant des décennies. Points clés à retenir : - L'ordre fondé sur des règles de l'après-Seconde Guerre mondiale s'érode en raison des conflits et des inégalités perçues. - Les pays du Sud global estiment que le système les a historiquement désavantagés, citant des exemples comme les mises en accusation de la CPI. - Les spécialistes en géopolitique débattent des avenirs alternatifs : dominance hémisphérique, néo-royalisme ou un monde multiplex. - Les puissances moyennes comme l'UE, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde devraient jouer un rôle critique dans l'élaboration du prochain cadre mondial.
Ce qui se passera ensuite dépendra en grande partie des actions de ceux qui valorisent encore l'ordre fondé sur des règles et possèdent l'influence nécessaire pour agir. L'Union européenne et des pays comme le Japon, la Corée du Sud et l'Inde poursuivront-ils des accords commerciaux indépendants et une plus grande autonomie militaire vis-à-vis des États-Unis ? Et maintiendront-ils simultanément les principes de gouvernance fondée sur des règles ?
Leur volonté de s'opposer à d'autres éléments, même si cela est coûteux, sera le facteur décisif pour savoir si un nouvel ordre mondial émergera, un ordre potentiellement non exclusivement conçu par les puissances occidentales. La communauté mondiale observe leurs prochains mouvements.
Points clés à retenir
— - L'ordre fondé sur des règles de l'après-Seconde Guerre mondiale s'érode en raison des conflits et des inégalités perçues.
— - Les pays du Sud global estiment que le système les a historiquement désavantagés, citant des exemples comme les mises en accusation de la CPI.
— - Les spécialistes en géopolitique débattent des avenirs alternatifs : dominance hémisphérique, néo-royalisme ou un monde multiplex.
— - Les puissances moyennes comme l'UE, le Japon, la Corée du Sud et l'Inde devraient jouer un rôle critique dans l'élaboration du prochain cadre mondial.
Source : DW
