Ben Roberts-Smith, le soldat australien vivant le plus décoré, a comparu vendredi par liaison vidéo devant un tribunal de Sydney, faisant face à cinq accusations de meurtre liées à ses déploiements en Afghanistan. Les allégations, détaillées dans de nouveaux documents judiciaires, décrivent l'exécution de détenus non armés et la falsification de preuves, selon BBC News. Cette procédure judiciaire représente un moment sans précédent pour l'Australie, une nation qui n'a jamais auparavant poursuivi de crimes de guerre.
Le parcours judiciaire de Ben Roberts-Smith, 47 ans, devrait s'étendre sur plusieurs années, le juge Greg Grogin ayant déclaré vendredi qu'un procès était encore "dans des années et des années". Roberts-Smith, qui a servi dans le régiment du Special Air Service (SAS), nie toutes les allégations. Son équipe juridique décrit la situation comme un "territoire juridique inexploré" pour l'Australie.
Cette affaire dépasse les procédures civiles en diffamation, où Roberts-Smith a perdu un procès historique, pour entrer dans le domaine de la responsabilité pénale. Voici le chiffre qui compte : cinq accusations de meurtre spécifiques, chacune détaillant des actions présumées lors de ses déploiements entre 2009 et 2012. Les accusations, exposées dans des documents judiciaires consultés par BBC News, brossent un tableau de faute systématique.
Ils allèguent que Roberts-Smith a assassiné un détenu afghan handicapé, a jeté un prisonnier menotté du haut d'une falaise et a ordonné à des soldats subalternes d'en exécuter d'autres dans le cadre d'une pratique d'initiation connue sous le nom de "blooding".
Roberts-Smith a rejoint l'Australian Defence Force (ADF) à 18 ans. Il a effectué deux missions au Timor oriental avant de rejoindre le SAS en 2003. Le 12 avril 2009, lorsque son équipe du SAS a été dépêchée vers un complexe connu sous le nom de "Whiskey 108" près de Tarin Kowt, en Afghanistan, il comptait plus d'une décennie de service.
Les troupes australiennes combattaient des insurgés talibans sur le site. L'équipe de Roberts-Smith a été appelée pour nettoyer le complexe après une frappe aérienne. Ils ont trouvé un tunnel.
Deux hommes, identifiés par les procureurs comme Mohammad Essa et son fils Ahmadullah, en ont été extraits et menottés. Les procureurs allèguent que Roberts-Smith a transporté Ahmadullah, qui portait une jambe prothétique, à l'extérieur du mur du complexe. Il a ensuite jeté l'homme à terre.
Roberts-Smith a ensuite tiré sur Ahmadullah à plusieurs reprises à l'aide d'une mitrailleuse à bande, selon les documents judiciaires. Plusieurs membres de l'ADF, positionnés dans un cordon de protection à l'extérieur du complexe, ont été témoins de cette action. Ce n'était pas un incident isolé.
De retour à l'intérieur de Whiskey 108, Roberts-Smith aurait ensuite tourné son attention vers Mohammad Essa. Il aurait saisi un soldat, anonymisé sous le nom de "Personne Quatre" et désigné comme "La Recrue" dans les documents judiciaires. Roberts-Smith a emprunté un silencieux d'arme à feu à un autre soldat.
Il a ensuite mis Essa à genoux. "Tire sur ce [censuré]", aurait ordonné Roberts-Smith à la Personne Quatre, qui l'a compris comme un ordre direct et s'est exécuté. Après la mission, Roberts-Smith et son chef de patrouille ont tous deux affirmé avoir "initié la Recrue" (blooded the Rookie), selon les documents. Un autre incident présumé s'est produit dans le village de Darwan en septembre 2012.
Roberts-Smith, décoré de la Victoria Cross l'année précédente, recherchait le sergent Hekmatullah, un soldat de l'Armée nationale afghane qui avait tué trois soldats australiens. Son équipe est arrivée en hélicoptère le 11 septembre. Ils ont fouillé des complexes près d'un lit de rivière asséché, capturant trois détenus.
L'un de ces hommes était Ali Jan. Roberts-Smith aurait soumis les prisonniers menottés à un "interrogatoire tactique", qui impliquait de les frapper et de les agresser physiquement, affirment les procureurs. Roberts-Smith aurait ensuite tiré Ali Jan vers le bord d'une falaise avec un collègue, appelé sous pseudonyme "Personne 11". Alors qu'Ali Jan restait menotté et physiquement maîtrisé, Roberts-Smith l'aurait frappé du pied, le faisant tomber d'environ 10 mètres, selon les documents judiciaires.
Ali Jan a subi des blessures, y compris la perte de dents. La Personne Quatre et des villageois locaux auraient été témoins de la chute. Roberts-Smith et la Personne 11 sont ensuite descendus la pente jusqu'à Ali Jan, qui gisait blessé et toujours menotté.
La Personne Quatre a ensuite déclaré aux procureurs qu'il avait vu Roberts-Smith et la Personne 11, tous deux armés de fusils, avoir une brève conversation. Plusieurs coups de feu ont retenti. Lorsque la Personne Quatre a regardé, la Personne 11 avait son fusil levé.
Les procureurs allèguent que la Personne 11 a tiré sur Ali Jan. Une radio portative, précédemment prise par Roberts-Smith sur le corps d'un homme qu'il avait tué plus tôt, aurait ensuite été placée près d'Ali Jan et photographiée. Cela aurait été fait pour étayer un faux récit du meurtre, affirment les documents.
Lors de son procès en diffamation, Roberts-Smith a nié que des hommes aient été détenus ou que la falaise ait existé. Le 20 octobre 2012, Roberts-Smith, alors commandant de patrouille, a été envoyé au village de Syachow pour localiser un insurgé connu sous le nom d'"Objective Pine". Les rapports officiels de cette mission indiquaient que deux personnes avaient été tuées lors de combats dans un complexe. Deux autres auraient été tuées peu après, avec des tirs et une grenade envoyés dans un champ de maïs où elles auraient refusé de se rendre.
Ce récit était une fabrication, allèguent les procureurs. Un soldat subalterne, identifié comme "Personne 66", affirme que les deux hommes dans le champ étaient des détenus. Ils auraient été assassinés sur ordre de Roberts-Smith.
La Personne 66 a déclaré que les deux hommes avaient été détenus dans le complexe et interrogés par Roberts-Smith, qui en a frappé un à l'estomac. Les deux hommes ont ensuite été alignés au bout du champ de maïs, selon les documents judiciaires. Un soldat supérieur a tiré sur l'un des hommes.
Roberts-Smith aurait ensuite retiré les menottes et le bandeau des yeux du second homme. Il a ordonné à la Personne 66 de lui tirer dessus. L'homme avait été poussé au sol, les mains levées devant son visage, affirment les procureurs.
La Personne 66, lors de sa première mission opérationnelle, a hésité. La Personne 66 a ensuite vu Roberts-Smith lancer une grenade vers les détenus morts. Les enquêteurs ont décrit cela comme un acte visant à étayer la "fausse affirmation" selon laquelle ils auraient été tués lors de combats légitimes.
Les pathologistes légistes ont identifié des marques compatibles avec des ligatures sur des photographies d'au moins un des hommes. Des marques linéaires moins discernables ont été trouvées sur l'autre. Roberts-Smith a cessé ses fonctions actives fin 2012.
Il a officiellement quitté l'ADF en 2015, peu après avoir reçu une mention élogieuse pour service distingué. Environ un an plus tard, de hauts responsables militaires ont lancé une enquête sur des rumeurs généralisées de crimes de guerre commis en Afghanistan. Des rapports médiatiques détaillant les allégations ont commencé à circuler.
En 2018, Roberts-Smith a été identifié comme l'auteur présumé de plusieurs incidents. Il a nié avec véhémence ces allégations, ce qui a conduit à son procès en diffamation historique, qu'il a finalement perdu. Dans des témoignages sous serment lors de ce procès civil, dont les transcriptions font désormais partie des documents de l'affaire pénale, Roberts-Smith a nié avoir enfreint les règles de la guerre, qui sont étayées par la Convention de Genève.
Il a également déclaré qu'il comprenait que tuer une "personne sous contrôle" – un détenu – n'était jamais autorisé. Il a nié avoir utilisé des "throwdowns", jargon désignant des objets comme une radio ou une arme placés sur une scène pour justifier des engagements létaux. Roberts-Smith a exercé son droit de refuser d'ajouter, de modifier ou de commenter ses précédentes preuves sous serment, notent les documents judiciaires.
Cependant, les procureurs ont exposé des preuves supplémentaires qu'ils ont l'intention d'utiliser. Au-delà du bruit, l'histoire est plus simple qu'il n'y paraît. Les documents judiciaires concluent qu'il existe des "thèmes communs" aux meurtres présumés : chaque victime présumée a été menottée, détenue et interrogée avant son exécution.
Chaque meurtre s'est produit dans des situations où l'ADF maintenait le contrôle, en l'absence d'engagements actifs avec les forces ennemies. Les preuves vous disent quelque chose. Écoutez.
De manière cruciale, il existe au moins un témoignage direct ou oculaire pour chaque meurtre présumé. Les documents judiciaires révèlent que cette liste comprend trois témoins qui attestent avoir été impliqués dans l'exécution d'un ou plusieurs détenus. Ils ont agi soit sous la direction de Roberts-Smith, soit avec sa complicité, compte tenu de son statut de supérieur militaire.
L'Australie n'a jamais tenu de procès pour crimes de guerre. Cette affaire établit un nouveau précédent en matière de responsabilité militaire au sein de la nation. Elle met à l'épreuve la capacité du système juridique à traiter de telles allégations graves contre son propre personnel décoré.
Cette affaire est importante car elle remet directement en question la réputation militaire de l'Australie et son engagement envers le droit international. Pour les nations du Sud global, en particulier celles comme l'Afghanistan qui ont accueilli des forces étrangères, la recherche de justice pour les atrocités présumées commises par des soldats étrangers est une mesure essentielle de la responsabilité mondiale. Elle envoie un message sur l'intégrité des opérations militaires à l'étranger et le traitement des populations locales dans les zones de conflit.
Le résultat résonnera bien au-delà des frontières australiennes, influençant la façon dont d'autres nations perçoivent la conduite de leurs propres forces et le potentiel de recours juridique contre les abus présumés. Il souligne l'équilibre difficile entre l'honneur du service militaire et le respect de l'État de droit, même face à des vérités profondément inconfortables sur la conduite en temps de guerre. Points clés à retenir : - Ben Roberts-Smith fait face à cinq accusations de meurtre liées à des exécutions présumées de détenus afghans. - Les accusations incluent des allégations d'avoir jeté un prisonnier menotté du haut d'une falaise et d'avoir ordonné le "blooding" de soldats subalternes. - L'accusation souligne des thèmes communs : toutes les victimes présumées ont été menottées, détenues et tuées dans des situations contrôlées.
L'équipe juridique de Roberts-Smith n'a pas encore formellement répondu aux allégations détaillées. Le vétéran n'a pas encore plaidé. Tout procès est encore loin.
Le juge Grogin a accordé à Roberts-Smith une libération sous caution stricte et conditionnelle vendredi. Les procédures continueront de se dérouler sur ce qui devrait être une période prolongée. Les observateurs suivront les audiences préliminaires, qui aborderont probablement l'admissibilité des preuves et les questions de procédure, alors que l'Australie navigue dans ce défi juridique complexe et historique.
Points clés à retenir
— - Ben Roberts-Smith fait face à cinq accusations de meurtre liées à des exécutions présumées de détenus afghans.
— - Les accusations incluent des allégations d'avoir jeté un prisonnier menotté du haut d'une falaise et d'avoir ordonné le "blooding" de soldats subalternes.
— - Roberts-Smith nie les allégations, décrivant la situation juridique comme un "territoire inexploré" pour l'Australie.
— - L'accusation souligne des thèmes communs : toutes les victimes présumées ont été menottées, détenues et tuées dans des situations contrôlées.
Source : BBC News
